Transcription de l’interview de “Mam’s” du 21 février 2015

ST: Saralina Thiévent
ACK: Anne-Catherine Gerber

Toux

ST: Oh ben tu commences par tousser. Rire

ACK: Tu peux l’enlever ça. J’avais juste un chat dans la gorge

ST: C’est pas grave.

ACK: Ok alors je vais parler de mon enfance. Et ben je te parle que je suis née à Tramelan déjà. A la maternité de Tramelan. Le 4 janvier 1954 à 9h30 du matin. C’est ma maman qui m’a dit ça. Moi je savais pas à l’époque, hein. Et puis ce que je vais raconter, c’est sur mon nom. Mes parents voulaient m’appeler Anika. Et puis au moment où ils ont voulu inscrire, ils ont jamais pu mettre mon nom comme Anika. Comme prénom, ils ont pas accepté ça parce que c’était un nom… trop exotique ou, je sais pas, c’était pas connu quoi, donc ils m’ont mis Anne-Catherine. Mais j’ai jamais su, j’ai jamais su que je m’appelais Anne-Catherine, jusqu’ à ce que j’aille à l’école, à l’école enfantine quoi. Alors ça, ça m’a un peu troublé quand je suis allée à l’école enfantine, tout d’un coup les gens m’appelaient Anne-Catherine, puis après j’me dis, mais pourquoi ils m’appellent plus Anika? Même les voisins ! Tout d’un coup, ils ont carrément changé ! Tous les francophones ont commencé à m’appeler, euh, Anne-Catherine. Pourtant j’étais Anika pour tout le monde. Alors c’était un petit peu un nom étranger. Pis bon, j’ai reçu un album de photos où c’est écrit dessus “Anika” et puis cet album de photo je l’avais reçu à l’école du dimanche, où j’allais. J’aimais tellement aller à l’école du dimanche aux Reussilles, c’était là où Samuel Gerber habitait. Maintenant, il y a Thérèse, les parents d’Olivier qui habitent en bas. Ca c’était la salle de l’école du dimanche autrefois. Et puis, ils avaient peut-être des réunions de chant là ou je sais plus trop. C’était un peu la “Rue des Prés” de maintenant. J’ai reçu cet album de photo avec Anika. J’ai toutes mes photos de bébé là-dedans. Il est à la maison avec toutes ces photos.

Simultanément ST: Tu l’as chez toi? ACK: Je vais peut-être les scanner.

ACK: Oui oui, je les ai chez moi. Et ça, ça retrace toute ma petite enfance si tu veux. Mon père il avait des photos mais en noir et blanc. C’est tout en noir et blanc parce qu’à l’époque il n’y avait pas les couleurs encore. Alors ya surtout ça. Des photos en noir et blanc. Que j’avais faite pendant ma petite enfance, je crois qui doit y avoir jusqu’à, attends (réfléchissant), 10 ans de ma cousine, à 8 ans peut-être. Et après, j’en ai encore mis une avec Pap’s et moi qu’on avait fait dans un automate, tu sais un de ces automates à photo. Ca c’était la dernière photo que j’ai mise dans cet album. Aussi en noir et blanc, tu vois, c’était tout noir et blanc encore. Les couleurs, ils faisaient pas tellement encore dans les automates à ce moment là.

Et puis, sur ma petite enfance, ben, j’ai habité à différents endroits déjà, j’ai commencé à la Rue des Prés, on habitait dans un appartement. C’était la deuxième maison, quand tu es à la Rue des Prés, tu viens depuis le Chalet, tu tournes à droite en haut. En haut hein, pas celle d’en bas, c’était dans la deuxième maison. Maintenant ils ont mis des garages entre. Mais dans la deuxième maison, on habitait au rez-de-chaussée là. Pis moi, c’étaitfacile, j’étais tout le temps dehors presque par tous les temps, j’étais tout le temps dehors (petit rire étouffé). Des fois, avec les bottes de ma maman, que j’empruntais pour avoir chaud aux pieds (petit rire encore). Elles etaient trois fois trop grandes. J’allais peller la neige ou je sais pas quoi, trafiquer avec ma poucette aussi ou bien la poucette des voisins et puis les poupées. Dès que je sortais de la maison, on parlait français. C’est pour ça que j’ai appris le français depuis toute petite. Dès que je savais parlé, je savais les deux langues. Comme ça, je parlais l’allemand à la maison avec mes parents tout le temps, et puis, dès que je sortais de la maison, c’était le français. Alors j’ai parlé le français en même temps que l’allemand pratiquement, à part tout bébé peut-être. Mais bon, on avait quand même des voisins qui parlaient français et qui venaient sûrement nous voir de temps en temps. Et puis voilà. Alors moi par exemple…

ST: Tu as habité là jusqu’à quel âge?

ACK: J’ai habité là jusqu’à peu près… trois ans, je crois. Oui, jusqu’à ce que Marlyse naisse. Après l’appartement était beaucoup trop petit. Et puis, j’ai appris plus tard que c’était un appartement très humide aussi, pas très sain quoi.

ST: un peu surprise. Et tu te souviens encore de l’appartement?

ACK: ouais je me souviens comment, un petit peu, je me souviens que j’étais souvent dans la chambre à coucher et puis que ma maman elle avait mis sa machine à coudre
juste vers le lit. Et puis moi, je grimpais sur le lit et j’allais trafiquer après sa machine (en rigolant) et puis qu’elle aimait pas trop quoi. J’ai fait plein de conneries avec ça. Tu sais, une fois, je crois que je suis allée découper des rideaux. Alors tu vois elle avait laissé trainer ses ciseaux et puis moi je suis allée couper dans ses rideaux. C’était pas droit ça, parce que c’était pour les clients. A cette époque là, ma maman elle faisait des habits. Ca a toujours été son truc, elle aimait bien faire la couture pour faire des habits, des habits pour elle, des habits pour des clients, des robes de mariage, enfin tout ces trucs là quoi.

ST: ah ouais elle faisait ça?

ACK: Ah elle faisait tout ça. Elle était couturière, elle avait appris ça, mais comme ça, par quelqu’… je sais pas trop comment. Elle allait coudre chez les gens et puis elle allait faire des habits chez eux. Dès fois chez elle, ils venaient chez elle pour se faire mesurer.

ST: Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de pret-à-porter.

ACK: Mais non y avait beaucoup moins de trucs comme ça, alors tu allais faire faire ta robe chez la couturière. C’était l’habitude. C’était une habitude quoi. Y avait des couturières, il y en avait pas mal encore qui faisaient ça. Et puis dans notre famille, y en a quelque uns qui étaient couturières d’ailleurs. Tu vois, ça ne vient pas de nul part ça… le fait d’aimer la couture.

Et puis à part ça, euh… ben y avait ma grand-maman qui habitait aux Reussilles et souvent, j’allais vers elle. Là aussi, j’ai des souvenirs. J’étais une fois chez elle… (réfléchissant) aux Reussilles, tu sais, là où il y a le château. Le Res, ya quelqu’un que je connais qui habite là-dedans. La grand-maman, ils habitaient tout en haut. Ils avaient pris l’appart en haut. Mon père, l’oncle Frédéric, et ben ils ont vécus là pendant pas mal d’années. Après, elle est restée là un moment. Tant qu’elle était là, elle venait me chercher, souvent, quand elle nous voyait trainer dehors. Comme il n’y avait pas de natel, et puis pas vraiment de téléphone encore à cette époque, mes parents, ils se faisaienttoujours du soucis parce que, tout d’un coup, je disparaissais. Bon après, ils pensaient bien que c’était la Grossi qui était venue la chercher.

ST: C’est la grand-mère paternelle.

ACK: La grand-mère paternelle, j’aimais bien aller chez elle. Et puis, je disais pas non quand elle me prenait avec. J’aimais bien marcher, j’allais avec. Depuis la Rue des Prés, c’était pas si loin quoi. On allait de toute façon toujours à pied.

ST: Tu t’entendais bien avec elle?

ACK: Je m’entendais bien avec elle, si, depuis toujours, elle m’a toujours pris avec. J’aimais bien la Grossi, ouais. Elle me donnait des trucs, elle me faisait des petis gateaux, des petits plats, des trucs comme ça que j’aimais bien quoi (souriante). Et puis, ben, une fois j’était en haut chez elle, en bas, il y avait des exercices militaires. Y avait des tanques, des gros machins, moi j’étais petite. Je t’ai dit que j’ai habité là jusqu’à trois ans… quatre.. trois an et demi peut-être, je sais pas exactement.

On entend une porte frappée. Interruption, probablement, du personnel soignant.

Reprise

ACK: Alors le tanque. On continue avec le tanque. Elle était allée chercher de la salade en bas et moi je voulais aller la rejoindre mais j’osais pas passer parce que j’avais tellement peur de ces tanques. Du coup, je crois que j’ai du me mettre à pleurer, je me demandais ce qui arrivait. Mais après elle est venue, Grossi, et elle m’a rassurée.

ST: Pourquoi il y avait des tanques?

ACK: Mais ils faisaient des exercices, y avait beaucoup de trucs militaires à l’époque. Tu sais, alors ils passaient avec ces gros machins et puis quand tu es un petit bout de chou comme ça et ben t’es impressionnée parce que t’as jamais vu ça avant. Tu demandais ce que c’est et puis tu voyais cet immense canon devant, tu sais. Ouais (pensive), ça c’était l’époque de la Grossi. Après elle a déménagé, elle a déménagé à Comoret parce qu’elle a trouvé un job dans l’horlogerie. Et puis elle a été habiter d’abord chez mes oncles et tantes, Gretty, un moment, puis après elle a habité toute seule pour finir parce que ça allait pas bien dans la même maison, dans le même appart’. Elle a habité toute seule pour finir.

ST: elle faisait quoi dans l’horlogerie?

ACK: Elle, elle faisait des petites pièces. Elle travaillait sur des toutes petites pièces. Je sais pas si elle montait des mécanismes, des trucs tout fins. Je me souviens qu’elle portait le… et puis bon après c’est devenu un peu dur parce qu’elle a commencé à trembler, tu sais. Je sais plus quand ça a commencé, mais ça a commencé assez jeune chez elle, le fait qu’elle tremble comme ça des mains. Elle habitait à Cormoret jusqu’à… (réfléchissant) ben ya ma tante Gretty qui sont allées à Tramelan et puis, peu de temps après, Grossi elle est allée habiter à Tramelan aussi. Je pense qu’elle a dû prendre la retraite à 62 ans.
Depuis ce moment là, elle a déménagé.

On entend un bip répétitif du cathéter.

ACK: on va éteindre.

Pause

ST: bon vas-y, tu as parlé qu’elle était revenue après la retraite.

ACK: Ben oui, après la retraite, elle est revenue à Tramelan. Maintenant, je vais continuer la Rue des Prés encore, ce qui c’était passé là. Et bien, je jouais souvent chez les voisins. On avait une petite copine qui s’appelait Doris, qui avait à peu près, bon elle était née en ’53, je sais pas exactement, une demi, une année de plus que moi. On était tout le temps fourrée ensemble. Dans cette famille, il y avait, attends, 8 enfants. J’étais beaucoup chez eux. J’allais souvent jouer avec elle, on était ni l’une ni l’autre à l’école. On avait des nounours chacune, on a des photos d’ailleurs où on est les deux avec nos nounours. On jouait à la poupée, aux nounours, toute sorte de trucs comme ça. Et puis on allait faire de la peinture chez eux. On allait souvent à la cuisine aux quatre heures ou bien comme ça, en hiver, surtout, plutôt en hiver, on allait toujours dedans la maison et on jouait avec les tabourets. Avec ces tabourets, on faisait des trains. (En rigolant) Et puis, on les retournait parterre et la maman elle nous faisait des tartines au sucre et au beurre et on aimait tellement ça, pour les 4h. Au sucre et au beurre, des tartines, tu vois, c’était bon ça. Et puis, en plus de ça, je me souviens d’une fois où ils avaient giclé, tu vois ils avaient une espèce de… pour arroser le jardin, pas le jardin, le gazon, ça faisait une espèce de chute, comme ça en l’air, qui giclait et puis j’allais m’assoir là-dessus, (en riant) ça nous propulsait
en haut, en été, c’était génial ! Et puis je me souviens de ces choses, ya personne qui sait ça, mais moi je me souviens de ces trucs qui étaient arrivés là, pendant cette période. J’aimais beaucoup la Rue des Prés.

J’avais d’autres petits voisins qui sont venus là après, c’était un François. Il parait que j’avais deux ans. Mais ça, on m’a raconté… Quand j’ai voulu aller jouer avec eux en bas, il est venu vers moi et il m’a foutu une baffe. C’est comme ça qu’il m’avait accueilli mais c’est devenu un de mes meilleurs copains de l’époque ! Il s’appelait François. Il avait un petit frère qui s’appelait Daniel qui avait le même âge que moi.

(…)

ST: Et ton papa il faisait quoi?

ACK: Et ben mon papa, il travaillait dans la quincaillerie à cette époque. Chez Cunin. Exactement Cunin Gross. Il travaillait en bas, il allait découper le matériel, il connaissait tous ces outillages. Il avait toujours dans l’idée d’avoir le truc au Chalet, d’ailleurs. Il avait l’intention de monter sa boite. C’est arrivé au moment où il a été licencié de chez Cunin pour finir mais je sais plus ce qui a eu. Il devait choisir entre lui et un Italien qui était là. Moi je le trouvais hyper sympa ce gars, mais ma maman elle a toujours pensé que… mais comme elle est tellement négative, elle a toujours pensé que c’était quelqu’un de pas bien quoi. Moi je l’aimais bien ce gars, je trouvais qu’il était vachement sympa et j’étais toute triste quand mon père et puis lui, ils ont du séparer. C’est là que mon père il a commencé sa propre boite. C’était dure. Après là, on a déménagé, je t’ai dit, on a déménagé à la Rue du Chalet dans l’appart tout en haut, là où il y a le balcon, tu te souviens, la grande maison, la première, la n°3. Dans cette maison, on a habité longtemps, longtemps. On a habité une année là puis après ça, on a du partir, il a trouvé un appartement près de la Schaublin, et puis du coup, euh, c’est aussi là que ça s’est arrêté, il travaillait encore à la quincaillerie, on a trouvé cet appartement parce qu’il était trop petit, du coup, ils ont trouvé un appart à la Schaublin, qui n’existe plus maintenant. Et dans cet appartement, je pourrais tout te décrire. Y avait un immense couloir quand tu rentrais, t’avais une toilette àgauche, tout au début t’avais le salon. Tu rentrais par là. La première derrière la porte. Et puis après au fond, ça devait être notre chambre à nous, à Marlyse et moi, et puis la chambre des parents de l’autre côté. La cuisine, tout au début à droite. Tout au fond, y
avait une salle de bain et puis j’étais impressionnée des toilettes où tu pouvais t’assoir dedans. Y avait juste cette toilette, euh cette baignoire, pas de toilette.

ST: Pourquoi avant c’était comment les toilettes?

ACK: les toilettes c’était séparé de là.

ST: Mais pourquoi, tu pouvais pas t’assoir avant?

ACK: Mais non, on avait pas de baignoire, on a jamais eu de baignoire. Sauf, si, je crois qu’à la Rue des Prés, y en avait aussi une baignoire mais après tout en haut au Chalet y avait rien. Y avait une baignoire commune pour toute la maison et puis tu devais réserver pour prendre des bains et toujours tout bien nettoyer. Elle était tout au fond. Mais je crois qu’ils ont du rajouter des douches maintenant, ils ont du changer les appart’.

ST: (En rigolant un peu moqueur) Oui je pense qu’ils ne partagent plus la baignoire aujourd’hui.

ACK: non la baignoire, elle était partagée entre certaines personnes de la maison, ya peut-être pas tout le monde qui y avait droit. Autrement, tu devais te débrouiller avec ce que tu avais, un lavabo à la cuisine. Des toilettes, ben y avait pas de baignoire, y avait rien. Voilà quoi.

ST: Mais pourquoi tu étais étonnée que tu pouvais t’asseoir sur les toilettes?

ACK: Non la baignoire! Non, on avait toujours des toilettes normales. Ca je sais, pas avec des creux, comme en France. On avait cette baignoire, du coup, tu pouvais t’asseoir, j’avais jamais vu ça avant. Tu sais, avec un siège dedans, profonde, c’est pratique. Ca c’est le truc qui m’est resté de cette salle de bain là. Et puis après je me souviens de l’évier qui était là.

Quelqu’un frappe. Probablement le personnel soignant.

Interruption

ST: On recommence une deuxième piste.

Reste encore 15 minutes de conversation

Leave a Reply